Voici l'éditorial paru dans le dernier
"Transport Magazine" et titré "La facture, s'il vous plaît!". J'ai trouvé
l'opinion du rédacteur en chef vraiment pertinente et j'ai eu envie de vous la
partager.
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Il y a un prix pour tout dans ce bas monde. Et
malheureusement, qu’on le veuille ou non, on finit toujours par payer la
facture. En ce moment, le gros morceau de cette facture, c’est le pétrole. Les
répercussions mondiales du prix galopant de l’énergie commencent à peine à se
faire sentir : hausse des prix des aliments de base, transfert massif de
la production dans certains pays ayant gardé un contrôle sur les prix de
l’énergie, pertes d’emplois dans les pays aux économies libérales. Mais pour
l’industrie du camionnage, l’impact est massif, et direct.
Une des trois matières premières clés de l’industrie, avec l’équipement roulant
et le capital humain, le pétrole se retrouve maintenant en tête de liste des
coûts de transport, devançant la main-d’œuvre. Et nous savons tous que les taux
n’ont pas suivi cette hausse vertigineuse. Comment, alors, refiler la facture,
lorsque la compétitivité est en jeu, et que l’économie globale met en jeu une
industrie qu’on avait crue à l’abri de la mondialisation?
Que ce soit de plein gré ou pour répondre aux normes émises par des
fonctionnaires dans leurs tours d’ivoire, l’industrie s’est mise à l’heure de
l’économie de carburant. Au nom de l’économie d’énergie et de l’environnement,
les gouvernements des pays américains et européens ont exigé beaucoup de
l’industrie du camionnage. Réduction des émissions de polluants, programmes de
type SmartWay récompensant les mesures d’économies de carburant, ces exigences
ont pesé lourd (et continuent de le faire) sur les coûts d’exploitation des
entreprises de camionnage. Les investissements massifs de l’industrie du
camionnage, méconnus du public en général et, semble-t-il, des politiciens et
fonctionnaires eux-mêmes, auraient eu des impacts positifs, n’eut été des
augmentations faramineuses du prix du carburant.
Pourtant, en même temps, on a vu bien peu
d'efforts réels de la part des gouvernements pour améliorer la fluidité de la
circulation, une des causes majeures du gaspillage d'énergie et de la pollution
atmosphérique. Bien sûr, le projet de la 30 et de la 25 progresse. Mais comme
me le faisait remarquer à juste titre un certain Pierre Aubin, la 30 actuelle
bloque déjà aux abords de la 10 et des Promenades St-Bruno.
On parle de fermeture des ponts et du
centre-ville de Montréal aux camions lourds aux heures de pointe, de péages aux
ponts. Mais du même coup, on retarde l'implantation de trains de banlieue
nécessaires, les services existants sont insuffisants pour attirer une nouvelle
clientèle, et l'ensemble du réseau routier montréalais se retrouve embourbé
d'automobiles et les heures de pointe s'allongent. De simples gestes comme le
dégagement des voies rapides sur l'accotement lors d'accrochages semblent
relever du défi insurmontable, sans parler de la quasi-absence d'incitatifs
efficaces pour promouvoir le covoiturage ou l'utilisation du transport en
commun.
Le plus grand gaspillage d'énergie n'a pas lieu
sur la 20 ou la 401, que ce soit à 105 km/h ou à 115 km/h, mais sur Décarie, la
Métropolitaine, et toutes les voies d'accès au réseau routier montréalais. Trop
d'autos, et pas assez de routes! Mais malgré les annonces récentes de grands
projets, échangeur Turcot et rue Notre-Dame, nos gouvernements hésitent à
investir les argents nécessaires pour réduire ce grand gaspillage.
Il faut croire que personne n'a encore compris
que l'inaction a un prix. Et qu'on le veuille ou non, que ce soit en impôt, en
coût de carburant, en pertes d'emplois ou sur la facture de mon nouveau
cinéma-maison qui ne s'est pas rendu par magie au magasin, quelqu'un doit payer
ce prix. Et tout ce qui me reste à dire, c'est : la facture s'il vous
plaît!
Publié par Claude Boucher
Transport
Magazine | Juillet-Août 2008